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- Vous savez répondit-il, dans la plupart des cas, ce sont les labo pharmaceutiques qui s'occupent de ce qu'on appelle la pharmacovigilance. C'est à nous que les médecins envoient tous les rapports sur les supposés effets secondaires de nos médicaments. Sur la base des informations collectées, on améliore nos médicaments. Et on fait cela très sérieusement ! Nous avons mis au point un rapport type de 10 pages pour cela ! Les meilleurs mettent deux heures à le remplir: nous nous devons de demander le moindre détail...Et ce sont nos meilleurs médecins qui prendront le dossier en main !
- Les médecins en fin de carrière je suppose ? Proposa Sandrine, à moins que ce ne soit ceux dont on veuille se débarrasser et qui ont tout intérêt à ne pas faire de vague ?
- Effectivement, répondit Lewis, d'un air narquois, cela pourrait arriver. Mais ce sont toujours des gens d'expérience !
- Mais si trop de gens ont des effets secondaires, les médecins vont faire le lien et arrêter de prescrire le médicament.
- Les médecins...fit Lewis, d'un air faussement songeur, les médecins... Savez-vous ce que savent les médecins mademoiselle ?
- Si je le savais, répondis Sandrine qui n'avait pas compris la question, je serais sans doute médecin.
- Ce n'est pas ce que je veux dire. Les médecins ne savent que ce que nous, les grands labos, nous leur enseignons : nous finançons les recherches et de ce fait nous sommes dépositaires des connaissances qui en découlent. Ainsi, ce qu'apprennent les médecins pendant ou après leurs études, c'est nous qui en avons le monopole. Visiteurs médicaux, publications, sujets de recherches , enseignement: toute cette communication de connaissance, c'est nous qui la contrôlons. Les médecins pensent ce que nous leur disons de penser, de leur premier jour à la fac jusqu'à leur retraite. Leur cerveau est à nous.
- Mais, fit la jeune femme, stupéfaite c'est...c'est...
- C'est très bien organisé, conclu Lewis. Car vous l'avez compris, notre objectif c'est la rentabilité, ce n'est pas la santé.
- Bon, on peut dormir sur nos deux oreilles alors !
- On pourrait si on n'avait pas tout ce travail à faire, fit Lewis en souriant Au fait, c'est vous qui avez fait livrer le repas chez moi hier soir, je suppose. Mon épouse était ravie.
- C'est normal fit Sandrine, vous travaillez beaucoup, et j'ai pensé que ce serait mieux pour vous et votre famille si je vous déchargeais de la logistique, dans l'avenir.



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# Posté le mardi 08 septembre 2009 15:35

Modifié le mercredi 09 septembre 2009 16:24

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- C'est que, continua-t-elle, émue par son audace, les effets secondaires peuvent durer plusieurs années d'après l'étude du professeur Floc. Il faudrait s'assurer que ceux qui en souffrent ont les moyens de se les payer. Je veux dire...je veux dire que les symptômes ressemblent à ce que ressentent des personnes âgées. Si on cible une population de senior, on a d'une part des symptômes qui se mélangent avec ceux du vieillissement et d'autre part, on s'adresse à une population prête à dépenser pour leur santé.
Un épais silence se fit dans la salle, alors que la jeune fille se rasseyait. Enfin Arston Cardiff prit la parole
-Vous êtes Mademoiselle... ?
- Sandrine Delpont, Monsieur le directeur
- Lewis, il semble que vous ayez enfin trouvé une assistante. Vous mettrez Mademoiselle Delpont dans l'équipe qui lancera la molécule de Floc.

Le lendemain, dés son arrivé a la PPU, Lewis convoquait son assistante dans son bureau.
- Vous avez eu beaucoup d'audaces, fit-il sèchement, de prendre la parole en plein conseil sans y être inviter
- Mon avis a eu l'air d'intéresser le conseil, répondit-elle sans se démonter
- On a viré des assistantes pour moins que ça ! tonna Lewis
- Je n'en doute pas, répliqua Sandrine. Ceci dit, je vous rappelle que je sors de Harvard, je reçois environ 10 offres d'emplois par jours.
Elle laissa passer un léger silence avant de rajouter
- Les mauvais jours, j'entends
- La prochaine fois, maugréa Lewis, parlez-m'en avant quand même ! Bon, passons à la molécule de Floc.
- Je n'en ai pas dormi de la nuit, reconnu Sandrine. Ça me paraît vraiment risqué. Les organismes de surveillance des médicaments vont s'en apercevoir.
Lewis éclata de rire.


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# Posté le lundi 07 septembre 2009 15:22

Modifié le mardi 08 septembre 2009 15:37

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- George ? interpella Arston Cardiff, s'adressant au directeur juridique
L'interpellé réfléchit quelques instants, puis s'exprima avec lenteur.
- Lewis n'a pas tord : le lien de causes à effets sera difficile à démontrer, d'autant plus que les mécanismes d'actions sont mal compris. Il nous suffit de signaler les plus probables sur la notice. Nous ne sommes pas tenus, de toute façon de nous exprimer sur la durée de ces effets secondaires. Lewis a raison : < nous sommes assis sur une mine d'or
- Je ne dirais qu'un seul mot, fit le directeur financier. Youpi !
Tout le monde éclata de rire. Mais soudain, la jeune assistante de Lewis et prit la parole.
- Excusez-moi, commença-t-elle
Tous les regards se tournèrent vers elle, avec une pointe d'énervement. Ce n'était pas la première fois qu'une des assistantes de Lewis se permettait de prendre la parole durant un conseil. A chaque fois la teneur du propos était la même : les décisions prisent par le conseil ne faisaient que peu de cas de la santé des malades et de la morale. La dernière avait fait une crise de larmes et avait été discrètement renvoyée le lendemain. Lewis avait eu tendance jusqu'ici à choisir ses subordonnées plus sur la base de leur poitrine que de leurs diplômes, mais celle ci avait au moins pour elle que son physique n'était pas celui d'un top modèle. Fluette, de taille moyenne, vêtue d'un tailleur bleu marine stricte, il était certain que ce n'était pas sur son physique qu'elle avait été engagée.
- Le dossier, commença-t-elle, les joues un peu rouges, indique que la molécule est dangereuse pour les jeunes enfants, et...
- Très bien mademoiselle, coupa le président de la PPP, nous déconseillerons de leur en prescrire, ainsi qu'aux femmes qui allaitent. Pouvez vous nous laisser continuer, maintenant ?
La jeune fille avala sa salive avec difficulté mais ne se laissa pas démonter.

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# Posté le jeudi 03 septembre 2009 15:34

Modifié le lundi 07 septembre 2009 15:24

QASBB 2




Lewis les laissa parler. Chacun son tour, dans un ordre immuable, chacun exprima son point de vue sur la présentation du professeur Floc. Tous, d'une manière ou d'une autre exprimait beaucoup de prudence vis à vis de la molécule du professeur Floc. Dans un coin de la salle, assise sur une chaise, son ordinateur portable sur les genoux, Sandrine, la nouvelle assistante de Lewis prenait des notes : c'était en effet de la responsabilité de diffuser les comptes rendus des conseils d'administrations.
Enfin, ce fut au tour de Lewis de s'exprimer alors que la décision semblait déjà prise.
- Je pense, commença-t-il, que la molécule du professeur Floc est une mine d'or que nous aurions tord de dédaigner.
Les têtes se levèrent attentives, surprises.
- L'effet thérapeutique, continua le benjamin de l'assemblée, est indéniable. Certes, dans la plupart des cas, il y a des alternatives, mais moins efficaces, ce qui entraîne des traitements plus longs ou des rechutes.
- Mais les effets secondaires, demanda Arston Gladiff, le président de la PPP, qu'en fais-tu ?
- Les effets secondaires sont effectivement nombreux et s'étalent dans le temps sur une durée...disons incertaines, apparaissant parfois plusieurs mois après la thérapie. Mais, il y a deux éléments clés qu'il faut retenir. Les études qui nous ont été présentées ne font état que d'effets secondaires relativement bénins, et d'autre part, on ne comprend pas très bien les mécanismes d'apparitions de ces effets secondaires. En d'autres termes, il est difficile, voir impossible de démontrer un lien de cause a effet entre effet secondaire et traitement.
Il laissa planer un silence pour que ses mots pénètrent bien les esprits. Lewis avait à dessein qualifié les effets secondaires de bénins, ce qui aurait fait crier au scandale le professeur Floc. Ce que voulait exprimer Lewis, c'était surtout que le professeur n'avait fait état ni de décès ni d'invalidités permanentes. Le risque d'avoir à payer de lourdes compensations aux éventuelles victimes était donc extrêmement faible. Il allait continuer mais le directeur des ventes lui coupa la parole avec enthousiasme.
- Je vois ou tu veux en venir. D'une part, on peut mettre cette molécule sur le marché sans grands risques, et d'autres part, on peut se préparer à soigner les effets secondaires comme les tendinites, les douleurs articulaires ou les trous de mémoires avec la pharmacopée appropriée. Si en plus on peut collecter les noms des malades, on peut organiser un mailing approprié. C'est fantastique !


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# Posté le mercredi 02 septembre 2009 15:34

Modifié le jeudi 03 septembre 2009 15:35

QABSB

Qui aime bien, soigne bien

Lewis Mc Loyd écoutait avec attention la présentation du professeur Floc. Et il était sans doute le seul dans la salle du conseil d'administration à ne pas avoir décroché. Le professeur Floc était bien connu du conseil d'administration. La cinquantaine, les cheveux blanc et le regard vif, il était l'un des plus brillants chercheurs de la PPU, la Pharmaceutical Product United. Mais comme tous les passionnés, il ne pouvait s'empêcher d'exposer ses travaux avec un luxe de détails qui n'intéressaient que lui. On lui pardonnait car de tous les chercheurs de la PPU, il était un des rares à parfois trouver un nouveau médicament. Ses présentations étaient l'occasion pour les membres du conseil d'administration de somnoler un petit peu pendant des réunions souvent bien chargées.
Mais Lewis, à 35 ans était au début d'une brillante carrière. Et si son jeune age lui valait bien des critiques, il entendait bien démontrer que sa place au sein du conseil d'administration n'était pas usurpée. Il prit la parole pour interrompre le long monologue du professeur.
- Si je comprends bien, malgré son intérêt thérapeutique, vous ne recommandez pas la commercialisation à grande échelle de votre molécule
La voix de Lewis tira l'assemblée de sa torpeur. Les têtes se redressèrent, les yeux s'ouvrirent.
- Il est vrai, répondit le professeur Floc que cette molécule a un intérêt évident. Mais dans la plupart des cas, il y a des alternatives. Son utilisation ne se justifie que dans les cas extrêmes. A cause des effets secondaires.
- Vous nous avez décrit ces effets : douleurs musculaires, articulaires, mais aussi des troubles neurologiques : sensation de froid aux mains, perte de mémoire. Pour n'en citer que quelques-uns : il y a également des troubles cardiaques. La liste est longue et se trouve dans mon rapport.
- Effectivement, renchérit Lewis, mais je n'ai pas bien compris le mécanisme d'action.
- C'est un des problèmes, reconnu Lewis. On ne comprend pas ni pourquoi ni comment ces effets secondaires apparaissent. C'est pourquoi, je préconise de ne pas élargir le champ d'application de cette molécule et de la cantonner à son champ d'application actuelle : l'alimentation animale et les cas extrémes ou il n'y a pas d'autres solutions.
- Merci, professeur Floc, Le conseil va maintenant statuer sur la suite à donner.
Le chercheur replia son ordinateur portable, ramassa ses quelques notes et sortit sans attendre. Il avait fait suffisamment de présentation de ce type pour savoir que c'était maintenant au conseil de prendre la décision finale sur la base de critères politico économique qui ne le concernait plus. Un long silence plana dans la pièce après son départ. Enfin Jimmy Leod, le directeur financier prit la parole, exprimant ce que personne ne voulait dire
- Et voilà, soupira-t-il, Dix ans de recherches foutues a la poubelle !
- Pas tout à fait, Jimmy, lui répondit Kai Delure, le directeur des ventes, on en vend à l'industrie agroalimentaire.
- Ce ne sont pas les mêmes marges.


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# Posté le mardi 01 septembre 2009 15:34

Modifié le mercredi 02 septembre 2009 15:35