- Vous savez répondit-il, dans la plupart des cas, ce sont les labo pharmaceutiques qui s'occupent de ce qu'on appelle la pharmacovigilance. C'est à nous que les médecins envoient tous les rapports sur les supposés effets secondaires de nos médicaments. Sur la base des informations collectées, on améliore nos médicaments. Et on fait cela très sérieusement ! Nous avons mis au point un rapport type de 10 pages pour cela ! Les meilleurs mettent deux heures à le remplir: nous nous devons de demander le moindre détail...Et ce sont nos meilleurs médecins qui prendront le dossier en main !
- Les médecins en fin de carrière je suppose ? Proposa Sandrine, à moins que ce ne soit ceux dont on veuille se débarrasser et qui ont tout intérêt à ne pas faire de vague ?
- Effectivement, répondit Lewis, d'un air narquois, cela pourrait arriver. Mais ce sont toujours des gens d'expérience !
- Mais si trop de gens ont des effets secondaires, les médecins vont faire le lien et arrêter de prescrire le médicament.
- Les médecins...fit Lewis, d'un air faussement songeur, les médecins... Savez-vous ce que savent les médecins mademoiselle ?
- Si je le savais, répondis Sandrine qui n'avait pas compris la question, je serais sans doute médecin.
- Ce n'est pas ce que je veux dire. Les médecins ne savent que ce que nous, les grands labos, nous leur enseignons : nous finançons les recherches et de ce fait nous sommes dépositaires des connaissances qui en découlent. Ainsi, ce qu'apprennent les médecins pendant ou après leurs études, c'est nous qui en avons le monopole. Visiteurs médicaux, publications, sujets de recherches , enseignement: toute cette communication de connaissance, c'est nous qui la contrôlons. Les médecins pensent ce que nous leur disons de penser, de leur premier jour à la fac jusqu'à leur retraite. Leur cerveau est à nous.
- Mais, fit la jeune femme, stupéfaite c'est...c'est...
- C'est très bien organisé, conclu Lewis. Car vous l'avez compris, notre objectif c'est la rentabilité, ce n'est pas la santé.
- Bon, on peut dormir sur nos deux oreilles alors !
- On pourrait si on n'avait pas tout ce travail à faire, fit Lewis en souriant Au fait, c'est vous qui avez fait livrer le repas chez moi hier soir, je suppose. Mon épouse était ravie.
- C'est normal fit Sandrine, vous travaillez beaucoup, et j'ai pensé que ce serait mieux pour vous et votre famille si je vous déchargeais de la logistique, dans l'avenir.
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