qasbb31



La PPU était en conflit ouvert avec la poste. Quelques années auparavant, un groupe terroriste avait réussi à se procurer une petite quantité d'anthrax. Une dizaine de lettres empoisonnées avait été envoyée à des hommes politiques bien en vu. Pour protéger les postiers, en première ligne si les terroristes démultipliais leurs envois, ceux ci avaient été traités à titre préventif pendant plusieurs semaines avec la molécule de Floc et nombre d'entre eux souffraient encore de graves problèmes physiques ou neurologiques. Suite à cet épisode, les syndicats de postier avaient assigné en justice la PPU pour réclamer des dommages et intérêts. Dans ce contexte, permettre à une personne qui avait un lien de parenté avec un postier, de travailler à la PPU, revenait à faire rentrer le loup dans la bergerie.
- Si j'étais médecin, rajouta Sandrine, j'en saurais beaucoup moins, puisque qu'il n'y a aucune publications ni recherches sur le sujet. Vous les maintenez sciemment dans l'ignorance. Maintenant, si vous voulez en savoir plus, si vous voulez être rassuré sur votre avenir et peut-être un jour manger à nouveau de la viande, votre seul espoir est d'accepter mon plan de recherche.
- Nous y voilà ! Fit Lewis, c'était votre idée depuis le début ! Me rendre malade pour que je supporte vos projets de recherches ! Mais si vous croyez qu'on va céder à votre chantage !
- Taisez-vous espèce d'idiot ! , Coupa le directeur de la PPU il n'y a pas de chantage. Il n'y a que notre santé ! Et c'est à cause de vous tout cela ! C'est vous qui nous avez fait commercialiser cette saloperie à grande échelle et c'est vous qui avez embauché une fille de postier ! Foutez le camp, vous êtes viré !
- Mais...
- Arston, intervint Sandrine, après les articles de presse consécutifs au malaise de Lewis le mois dernier, un renvoi serait une erreur. Vous n'avez qu'à le mettre à la pharmacovigilance
- Mais, fit Lewis atterré, c'est la qu'on met les imbéciles et les incompétents



La suite
[ Dash a comment ] [ No comments ]

# Posted on Monday, 26 October 2009 at 4:26 PM

Edited on Tuesday, 27 October 2009 at 4:04 PM

qasbb30


Sandrine expliqua devant les deux hommes incrédules que la molécule de Floc était omniprésente dans l'alimentation. La plupart des animaux d'élevages se voyaient traités, parfois à fortes doses, avec la dangereuse molécule, doses qui se retrouvaient en partie dans l'assiette du consommateur. A travers la viande bien sur, mais aussi a travers les ½ufs et les graisses animales utilisés dans nombres de préparations. Si les quantités qui se trouvaient dans les produits dérivés des protéines et graisses animales étaient infimes, les victimes de la molécule de Floc ne pouvaient plus par contre se nourrir de viandes ou de poissons d'élevages sans en subir les effets secondaires. Et comme l'organisme mettait un temps assez long pour éliminer cette molécule, ces effets duraient des semaines, voire des mois.
- Vous allez me faire croire que c'est le poulet et le saumon que j'ai mangé hier qui m'ont mis dans cet état, grinça Lewis. Vous vous foutez de moi!
Sans se démonter, elle se tourna vers le directeur de la PPU
- Aston dit-elle en l'appelant naturellement par son prénom, vous allez beaucoup mieux qu'il y a un mois. Vous ne vous plaignez plus de vos douleurs, vous avez bonne mine, vous avez de l'énergie. Je parierais que vous n'avez mangé ni viandes ni poissons depuis 15 jours au moins.
- Mon médecin, répondit-il, doucement, pesant chacun de ses mots comme s'il se parlait à lui-même, m'a recommandé de ne plus manger de b½uf car les acides gras favorisent les tendinites. Alors...alors je suis allé au bout de la logique et j'ai arrêté toutes protéines animales...depuis...15 jours.
Soudain, il se leva furieux en poussant une série de jurons. Il arpenta la pièce plusieurs fois puis revint vers le bureau, hors de lui.
- Et pourtant, cria-t-il, j'ai toujours des trous de mémoire ! Vous dites que c'est à cause de la molécule de Floc, je n'en prends plus depuis 15 jours et j'ai toujours des trous de mémoire ! Et... et aussi... Mais ça ne vous regarde pas ! Expliquez-vous !
- C'est que, répondit Sandrine, il n'est pas certain que certains dommages ne soient pas permanents. Voire évolutifs...
Un lourd silence suivit ces paroles, alors que les deux hommes essayaient d'assimiler toute l'étendue de ce que cela sous-entendait.
- Mais d'abord, demanda Lewis, comment savez- vous autant de chose sur ce sujet. Vous n'êtes pas médecin après tout.
- Mon père est postier, répondit simplement la jeune femme
- Quoi ! Hurla Cardiff, rouge de colère, à l'intention de Lewis, vous avez confié un poste de responsabilité à une fille de postier ! Mais vous êtes fou !


A suivre
[ Dash a comment ] [ No comments ]

# Posted on Thursday, 22 October 2009 at 2:47 PM

Edited on Monday, 26 October 2009 at 4:30 PM

QASBB29


Cardiff et Sandrine retournèrent s'asseoir, sans échanger un mot. Dans cette partie de poker menteur qu'avait engagé Sandrine, Cardiff avait reconnu que la police était la carte qui pouvait lui faire tout perdre. Car indépendamment des tords de la jeune femme, il ne valait mieux pas risquer d'amener sur la place publique des expériences médicales moralement indéfendables. Surtout sur des enfants.
- Vous reconnaissez nous avoir empoisonnés donc ! affirma Lewis triomphalement
- Vous avez été malade plusieurs fois, Lewis, répondit Sandrine, au cours de vos déplacements. Les informations que j'ai données aux médecins soit directement soit par le biais des interprètes les incitaient fortement à vous prescrire la molécule de Floc. C'est ainsi que vous en avez absorbé à de nombreuses reprises.
- Impossible, répliqua Lewis, je m'en serais aperçu !
- Bien sur que non, fit Cardiff, impatiemment. Vous n'avez pas la moindre idée du nom sous lequel cette molécule est commercialisée en chine ou au japon.
Et moi, vous avez fait comment ?
- Pour vous, je n'ai rien fait. Vous avez été malade, et on vous a soigné.
- J'ai été longuement traité l'année dernière. Effectivement
- Mais, fit Lewis, vous auriez reconnu le nom du médicament.
- Je connais très bien tous les médicaments et leurs effets secondaires, répondit Cardiff. C'est pourquoi mon médecin me soigne sans jamais me dire avec quoi. Il me donne une boite de pilule sans nom. Car si je sais ce que c'est, je n'en prends pas...
Lewis hésitait, refusant de comprendre, refusant d'accepter. Il n'avait pas été malade depuis des mois, il était revenu en pleine forme de ses vacances, ce que disait Sandrine n'avait pas de sens.
- Arrêtez de nous mentir, dit-il d'une voix lasse. Hier j'allais bien, aujourd'hui je suis dans un état lamentable. Que m'avez vous donné, et comment ?
- C'est la que ça deviens dramatique, répondit la jeune femme. L'effet le plus méconnu de la molécule de Floc est d'entraîner une hypersensibilité ... à la molécule de Floc. L'organisme semble développer une intolérance totale a cette molécule après un certain seuil d'absorption. Une fois ce stade atteint, une prise des plus minimes déclenchent les effets que vous avez ressenti cette nuit.



La suite

# Posted on Wednesday, 21 October 2009 at 3:17 PM

Edited on Thursday, 22 October 2009 at 2:52 PM

qasbb28


- Vous êtes venu chez nous pour faire votre justice, affirma Lewis méprisant, c'est cela, n'est ce pas, jouer les redresseurs de tort ?
Sandrine ignora l'interruption et continua
- C'est ainsi que j'ai répondu à l'annonce de Lewis, il y a trois ans. Pour savoir de quoi étaient fait les décideurs capables d'empoisonner des enfants. Et je n'ai pas été déçu : j'assistais dés mes premiers jours au conseil d'administration ou Lewis arrivait à convaincre tout le monde de commercialiser à grande échelle la molécule de Floc.
- Commercialisation à laquelle vous avez pris un rôle actif ! ironisa Lewis
Sandrine se tourna vers Arston Cardiff pour voir si ce dernier comprenait un peu mieux.
- Vous ne comprenez rien, dit-il, elle a tout fait pour réduire la portée de notre décision en nous faisant avaler qu'il valait mieux restreindre la diffusion du médicament aux personnes âgées !
- Exactement, continua Sandrine, je savais que je ne pourrais vous dissuader, alors j'ai essayé de limiter les dégâts
- Et vous m'avez empoisonné pour me faire payer ! coupa Lewis
A cet instant, avant que Sandrine ne puisse répondre, la porte s'ouvrit et la standardiste passa la tête.
- Deux messieurs de la police vous demandent, M. Cardiff.
Sans hésiter, Sandrine se leva et se dirigea vers la porte. Soudain affolé, le président de la PPU s'interposa
- Ou allez-vous? tonna-t-il
- Vous avez appelez la police pour m'arrêter, il me semble, fit Sandrine innocemment
- Ne jouez pas à ce petit jeu avec moi, mademoiselle. Retournez vous asseoir. Quant a vous, continua-t-il à l'intention de la standardiste, présentez mes excuses à ces messieurs de la police.
- Bien Monsieur Cardiff, fit la jeune femme, stupéfaite, en refermant la porte.
- Mais, fit Lewis, désespéré, elle nous a empoisonnés ! vous, moi, ma famille...
- Pas votre famille Lewis, soupira Sandrine, pas votre famille, je vous l'ai déjà dit !


La suite
[ Dash a comment ] [ No comments ]

# Posted on Tuesday, 20 October 2009 at 2:58 PM

Edited on Wednesday, 21 October 2009 at 3:21 PM

qasbb27


Cardiff s'assit et regarda Lewis comme s'il venait de dire une monstrueuse idiotie.
- Elle nous em-poi-son-ne ! Articula-t-il. Vous comprenez ? Et forcément avec des doses qui dépassent toutes les limites d'utilisation normale de ces médicaments. Vous vous êtes vu aujourd'hui ? Il faut que vous en ayez avalé des quantités pour être dans cet état. Hier vous étiez en pleine forme, aujourd'hui vous tenez à peine debout !
- La nourriture ! C 'est avec la nourriture qu'elle m'empoisonne ! La nourriture qu'elle me fait livrer tous les soirs !
- Il a compris, soupira Cardiff en levant les yeux au ciel
- Et...ma femme...mes enfants... Mon dieu ! eux aussi
Atterré, épouvanté par ce qu'il pensait avoir compris, il se prit la tête dans la main en marmonnant des "mon dieu" entrecoupé de sanglots. Sandrine regarda un instant les deux hommes d'un air incrédule, comme s'il se comportait comme des enfants de deux ans. Sans élever la voix, elle prit la parole.
- Tout d'abord, Lewis, votre femme et vos enfants vont bien.
- Ça ne vous évitera pas la prison ! trancha Cardiff
- Mais taisez-vous ! S'écria Sandrine. La prison ! Vous n'avez que ce mot à la bouche. Alors laissez moi parler maintenant !
Surpris, les deux hommes restèrent silencieux et Sandrine en profita pour continuer.
- J'étais au Nigeria en 1997, à Kano, un an après vos essais illégaux sur des enfants. Des gosses handicapés à vie, les articulations rongés par votre saloperie, qui ne pouvait faire un mouvement sans hurler de douleur. Des gosses à jamais infirmes. Certains n'avaient même pas 2 ans! . Des centaines de vies foutues. Et je ne vous parle pas des dégâts neurologiques... Ni des morts!
Les deux hommes se regardèrent gênés. En 1996, profitant d'une épidémie de méningites, la PPU avait soigné des enfants nigérians avec la molécule de Floch, afin d'en tester les effets secondaires en conditions réelles.
- Quand je suis revenu, j'ai pensé que c'était un cas isolé, une erreur malencontreuse. J'étais jeune alors, et naïve. Mais je me suis vite aperçu que le Nigeria n'était pas un cas isolé. Des militaires qui, au retour de missions, se plaignaient de douleurs articulaires aiguës, de rupture de tendons, de crises d'angoisses et autres troubles neurologiques, des sportifs dont la carrière s'arrêtait brutalement suite à des tendinites récidivantes qui ne pouvaient être soignées. J'avais l'impression que les expérimentations ne s'arrêtaient jamais.
Elle laissa passer un silence que les deux hommes n'osèrent pas interrompre.
- Les populations défavorisées, les militaires et les sportifs... Des cobayes tout trouvés n'est ce pas ?




La suite
[ Dash a comment ] [ No comments ]

# Posted on Monday, 19 October 2009 at 3:35 PM

Edited on Tuesday, 20 October 2009 at 2:59 PM